L’Agence de la biomédecine dévoile les résultats d’une enquête sur les connaissances et les perceptions de la congélation des ovocytes par les femmes

Publié le 16 mars 2026

Cinq ans après l’ouverture du droit à “l’autoconservation des ovocytes sans indication médicale” par la loi de bioéthique de 2021, le dispositif s’est progressivement installé dans le paysage de la santé reproductive des femmes, avec une hausse continue des demandes de prises en charge. Dans ce contexte, l’Agence de la biomédecine publie une enquête nationale réalisée afin de mieux comprendre les connaissances, les attentes et les perceptions des femmes âgées de 25 à 44 ans face à ce nouveau droit (1) .

Un droit désormais bien identifié mais dont les modalités d’application restent mal connues

L’enquête révèle que la congélation des ovocytes sans raison médicale est aujourd’hui largement identifiée : 85 % des femmes âgées de 25 à 44 ans déclarent en avoir déjà entendu parler et 57 % indiquent savoir précisément de quoi il s’agit. Plus concrètement, 35 % d’entre elles se déclarent même intéressées par le sujet à titre personnel.

L’intérêt pour la congélation des ovocytes apparaît plus marqué chez les 25–34 ans, dont 41 % se déclarent intéressées pour elles-mêmes. Il est également plus élevé parmi les femmes non hétérosexuelles.

Toutefois, la compréhension du dispositif reste partielle : seules 28 % des femmes interrogées se sentent suffisamment informées. En effet, les connaissances plus concrètes du dispositif restent faibles : environ 40 % des répondantes savent qu’il existe une limite d’âge pour congeler et utiliser ses ovocytes, et seules 20 % savent que le prélèvement est pris en charge à 100 % par l’Assurance Maladie.

L’enquête met par ailleurs en évidence que l’information circule encore largement par des canaux informels, en particulier le bouche-à-oreille et les réseaux sociaux, où les témoignages personnels constituent souvent une première porte d’entrée dans le sujet, tandis que l’identification d’une source institutionnelle de référence apparaît plus difficile.

Alors que l’entourage peut constituer une source d’information à part entière, la congélation de ses ovocytes est un sujet jugé intime, qu’il n’est pas toujours aisé d’aborder autour de soi. Les répondantes en ont rarement parlé avec leur entourage proche (parents, frères-sœur, amis). C’est un sujet qu’elles réservent au cercle restreint du couple ou d’une amie très proche. Elles sont réticentes au fait d’éveiller des questions au sujet de leur fertilité, voire de la compassion ou du jugement.

La relation et les premiers échanges avec un professionnel de santé, perçus comme les plus crédibles par les femmes interrogées, peuvent être déterminants dans le niveau d’information obtenu et la manière d’envisager la démarche ou d’y renoncer.

Une démarche envisagée par de nombreuses femmes en France

Dans le cadre de cette enquête d’opinion, 3 % des femmes interrogées âgées de 25 à 44 ans déclarent avoir déjà congelé leurs ovocytes ou être en cours de démarche, soit environ 245 000 femmes de cette tranche d’âge à l’échelle de la population française métropolitaine (2).

Parmi les femmes engagées dans la démarche, 61 % disent l’avoir débutée avant 29 ans (âge légal en France), soit par une réflexion initiée avant cet âge soit par une procédure menée à l’étranger.
Au-delà de celles ayant déjà franchi le pas, 26 % indiquent s’être renseignées ou envisage de le faire, ce qui représente potentiellement près de 2,1 millions de femmes en population générale.

Les résultats de l’étude mettent en évidence des déclencheurs liés aux parcours de vie, tels que la prise de conscience de l’altération de la fertilité après un certain âge, une séparation ou l’absence de stabilité conjugale. Les motivations exprimées par les femmes déjà engagées dans le parcours renvoient principalement à la volonté de préserver une chance supplémentaire de grossesse en cas d’infertilité et à la volonté de « prendre le temps », la congélation des ovocytes étant envisagée comme un « plan B ».

Des chances de succès qui ne sont pas correctement estimées

Au-delà de ces motivations, il convient de rappeler que la congélation des ovocytes ne constitue pas une garantie de grossesse ultérieure. Comme pour toute procédure d’assistance médicale à la procréation (AMP), les taux de succès demeurent variables selon les techniques utilisées (insémination artificielle, FIV avec ou sans ICSI et accueil d’embryon) et l’origine des gamètes. Plusieurs études internationales (3 et 4) font état d’un taux cumulatif de naissances de l’ordre de 28 % par cycle pour les femmes ayant utilisés leurs ovocytes congelés, un taux qui décroit plus les ovocytes sont prélevés tardivement en vue d’être conservés.

Or selon l’enquête, 47 % des femmes interrogées considèrent qu’une tentative de grossesse à partir d’ovocytes congelés a des chances élevées d’aboutir et, pour 20 % d’entre elles, ces chances sont jugées faibles.

Des réserves face à la procédure

Si ce nouveau droit suscite un intérêt croissant, la procédure elle-même est majoritairement perçue comme exigeante. Selon l’enquête, 62 % des femmes considèrent la démarche comme stressante, 54 % la jugent longue et 51 % l’estiment coûteuse. Ces perceptions traduisent également un besoin d’information plus précis sur les modalités de la démarche.

Le don possible pour les ovocytes non utilisés

Les femmes ayant recours à l’autoconservation peuvent, si elles n’utilisent leurs ovocytes pour elles-mêmes, décider d’en faire don dans le cadre réglementé du don de gamètes.

Parmi les femmes ayant congelé leurs ovocytes et en cours de procédure, 82 % déclarent avoir été informées de cette possibilité et 73 % se disent favorables à en faire don si elles ne les utilisaient pas pour elles-mêmes.

Cette possibilité s’inscrit dans un contexte où la demande en assistance médicale à la procréation (AMP) avec don de gamètes demeure forte depuis l’évolution de la loi de bioéthique de 2021, qui a élargi l’accès à l’AMP à toutes les femmes. Le don des ovocytes non utilisés, strictement encadré par la loi, constitue ainsi une démarche solidaire qui peut contribuer à répondre aux besoins des personnes en attente d’un don.

Une étude canadienne (3) de 2024 et une étude belge (5) de 2023 révélaient qu’**environ 11 à 17 % des femmes ayant congelé leurs ovocytes en faisaient effectivement usage dans le cadre d’un parcours d’assistance médicale à la procréation. **

Autoconservation ovocytaire : où en est-on en France ?

Entre l’ouverture de l’autoconservation des ovocytes sans indication médicale par la loi de bioéthique de 2021 et la fin 2024, la dynamique des demandes de prises en charge s’est fortement accrue. Au total, près de 42 300 demandes de première consultation ont été déposées sur cette période, avec une progression constante chaque année : de 1 460 demandes enregistrées entre octobre et décembre 2021 à 15 550 en 2024.

A fin 2024, 11 595 femmes avaient pu bénéficier d’au moins une congélation de leurs ovocytes.

Sur la même période, le délai moyen de prise en charge était de 13 mois en moyenne au niveau national.

Références:
(1) Étude réalisée par l’institut Viavoice pour l’Agence de la Biomédecine. Une enquête quantitative via un terrain en ligne a été réalisée du 23 mai au 2 juin 2025 sur un échantillon de 1000 femmes, représentatives de la population française métropolitaine âgée de 25 ans à 44 ans. L’objectif de l’enquête était d’englober non seulement le public directement concerné par la congélation des ovocytes, les femmes entre 29 et 37 ans, mais également un peu plus largement les femmes potentiellement concernées à moyen terme (25-29 ans) et les femmes qui auraient encore l’âge d’utiliser leurs gamètes. Une enquête qualitative via 6 entretiens semi-directifs en visioconférence a également été réalisée en juillet 2025 auprès de femmes intéressées par la congélation de leurs ovocytes.
(2) Données démographiques Insee au 1er janvier 2025. Chiffres arrondis. 8 160 588 âgées de 25 à 44 ans recensées en France métropolitaine.
(3) « Return rates and pregnancy outcomes after oovocyte preservation for planned fertility delay : a systematc review and meta-analysis », Fertily and Sterility Novembre 2024
(4) « Elective fertility preservation: a national database study on trends in oocyte cryopreservation and oocyte utilization over a 5- to 7-year follow-up period », American Journal of Obstetrics & Gynecology, Février 2026.
(5) « A 10-year follow-up of reproductive outcomes in women attempting motherhood after elective oocyte cryopreservation », Human Reproduction, Décembre 2023

Contacts presse:

Agence de la biomédecine
Hélène Duguet - helene.duguet@biomedecine.fr – 01.55.93.69.43 et 06.16.35.91.80
Agence Libre Mullenlowe
Mélissa Delagrée – m.delagree@libremullenlowe.fr – 06.47.46.40.20,
Mélina Constantinidis - m.constantinidis@libremullenlowe.fr – 06.40.35.19.20